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Comprendre le sikhisme avec des sikhs du Grand Montréal. Première partie : Le contexte historique sikh (1469-1849)

Dernière mise à jour : 21 mars

David Brême

docteur en sciences des religions, chercheur indépendant, co-rédacteur en chef de la Revue Ouvertures, responsable académique du Collaboratoire (coopérative de recherche en sciences sociales basée à Montréal)


Article publié initialement Aout 2020


J’ai découvert le sikhisme à Montréal en visitant le Gurdwara Nânak Dakbar (temple sikh) de LaSalle dans le cadre d’un cours sur les religions du monde donné à l’UQÀM, en assistant mon directeur de thèse1 Mathieu Boisvert en 2011. Le sikhisme, religion mondiale monothéiste, commence avec les disciples de Guru Nânak2, le mot sikh voulant dire étymologiquement3 disciple, étudiant. Suite à une conversation avec le professeur Singh Chahal4, ce dernier m’a aussi signalé que le sikhisme dérive du mot pendjabi « Sikhi », une philosophie fondée par Guru Nânak et qu’il a ensuite été anglicisé et francisé en ajoutant le suffixe « isme ». Néanmoins, selon Chahal, de nos jours le terme « Sikhi » redevient populaire au lieu du terme anglais « Sikhism ». Je garderai par commodité le terme francisé de sikhisme, mais en ces temps où le débat sur l’appropriation culturelle est souvent soulevé, on peut se demander avec Chahal si le vocable sikhisme redéfinit le « sikhi » qu’il désigne.


Cette découverte du sikhisme s’était enrichie pour moi en Inde en 2013 lors d’un séminaire de recherche, puis j’ai été amené à étudier leur histoire récente, notamment les massacres des sikhs entre le 1er juin et le 8 juin 1984 au Darbar Sahib, le temple d’Or d’Amritsar, ordonnés par Indira Gandhi. Cette dernière fut assassinée le 31 octobre 1984 par ses gardes du corps et il s’ensuivit un génocide5 des sikhs, à New Delhi notamment. J’ai notamment été témoin en 20166 de la parole de rescapés de cette sombre période qui fut la cause majeure de l’augmentation du flux migratoire des sikhs, pour beaucoup accueillis en tant que réfugiés au Canada après 1984.


Dans cette première partie, je propose au lecteur une présentation synthétique du sikhisme et de son contexte historique de 1469, naissance de son fondateur à 1849, date d’annexion du Pendjab par les Britanniques. Cette présentation se veut sommaire, mais une présentation de la philosophie Sikhi par le Pr. Chahal en annexe 1 et des références bibliographiques en annexe 2 couvrant la période de 1849 à nos jours permettront au lecteur de compléter ce tour d’horizon et de prendre connaissance de certaines études sikhes.


1. La religion sikhe : un monothéisme originaire du Pendjab fondé par Guru Nânak

Carte géographique des cinq fleuves formant le Pendjab et carte politique du royaume du Pendjab avant sa partition Britanique- Source- Unliversité Laval et Wikipédia.
Carte géographique des cinq fleuves formant le Pendjab et carte politique du royaume du Pendjab avant sa partition Britanique- Source- Unliversité Laval et Wikipédia.

Le sikhisme a vu le jour dans le Grand Pendjab, peu avant les invasions turco mogholes musulmanes, près de Lahore, actuellement la deuxième ville du Pakistan. Entrée de l’Inde pour toutes ses invasions historiques, le Grand Pendjab fut un creuset religieux et culturel pour tous les peuples qui s’y rencontrèrent et le sikhisme est profondément enraciné dans ce pays fertile dont la situation géopolitique est stratégique et donc, à l’échelle de l’histoire, souvent sous tension.


Le Pendjab vient étymologiquement du persan signifiant les cinq grands fleuves se jetant dans l’Indus, soit du nord au sud : le Sutlej, le Beas, le Ravi sur laquelle se dresse la métropole de Lahore, le Chenab et le Jhelum. Du temps de Guru Nânak, le Pendjab incluait effectivement ces cinq fleuves et était dénommé alors Grand Pendjab. La géographie du Pendjab a évolué du Grand Pendjab, vaste pays incluant une grande part du Pakistan actuel, les provinces indiennes de l’Haryana, de l’Himachal Pradesh et de la province indienne actuelle du Pendjab7 à cette dernière province indienne justement et à une province pakistanaise portant le même nom.


La carte ci-dessous de la situation de 1955 reflète la complexité de ce territoire.



Carte des Pendjab indiens et pakistanais en 1955- Source: Université Laval
Carte des Pendjab indiens et pakistanais en 1955- Source: Université Laval

C’est dans ce contexte qu’est apparue la cinquième religion mondiale, le sikhisme ayant environ 27 millions d’adeptes (Encyclopédie canadienne, art. Sikhisme, 2008). Le sikhisme réfère à un principe d’enseignement par un guru fondateur, Guru Nânak et neuf gurus lui ayant succédé, jusqu’à l’établissement du livre sacré comme ultime guru, le Gurû Granth Sâhib, collectant tous leurs enseignements, ainsi que ceux d’autres saints et poètes par le cinquième guru, Guru Arjun. En Inde, un guru peut être un professeur, un maître de musique, voire une circonstance instructive et sa connotation honorifique empreinte de respect est souvent assez éloignée des craintes de manipulations sectaires, de « gouroutisation » que le terme français gourou véhicule de nos jours. C’est la raison pour laquelle la translittération en italique de guru sera privilégiée de façon générique et que sera conservé l’usage de nommer Guru Nânak et ses successeurs avec une majuscule.


1.1. Guru Nânak (1469-1539), fondateur du sikhisme

Nânak naquit en 1469 dans le Grand Pendjab, à Talvandi (ville à l’ouest de Lahore) dans une famille hindoue, étudia, se maria à Sulakhanî, travailla comme chef d’entrepôt à Sultanpur et eut deux fils. À la fin du XVe siècle, Nânak eut une illumination mystique lors d’un bain dans la rivière de laquelle il serait sorti en disant « Nul n’est hindou ni musulman » (Matringe, 2008, 56). Bien que cette histoire soit acceptée par la majorité des sikhs, selon Chahal, c’est une fiction construite au vu des histoires similaires que l’on trouve dans d’autres religions8. Il aurait alors commencé à prédiquer sa foi, accompagné d’un ami d’enfance en s’établissant dans un village non loin de la ville de Lahore. Le récit de sa vie est narré dans des textes nommés Janam Sâkhî (McLeod, 1980) provenant du compagnon de voyage de Nânak et d’autres sources (Matringe, 2008, 54-57). Il y est notamment écrit que Guru Nânak nomma Angad son successeur Lahinâ, établissant ainsi une lignée de guru qui s’arrêta au dixième, le fameux Guru Gobind Singh (1666-1708).


Discerner ce qui relève de l’histoire ou bien des récits religieux visant à édifier est très difficile dans les récits de vie des gurus, car les sources écrites sont peu nombreuses et essentiellement transmises par les sikhs (McLeod, 1976). Certains récits visant à édifier sont toutefois récurrents. Par exemple, je suis frappé combien le récit de la dispute entre hindous et musulmans pour avoir la dépouille de Guru Nânak (Matringe, 2008, 58) est similaire au récit entourant le décès du poète mystique Kabîr (Moatty, 1998, 28), dont certains écrits sont d’ailleurs compilés dans le Gurû Granth Sâhib. La similitude de leur récit posthume (où les hindous et les musulmans qui se chicanent, assoiffés des reliques du mort, se retrouvent mystérieusement face à un amas de fleurs) renvoie dos à dos les hindous et les musulmans qui voulaient révérer Kabîr et Guru Nânak une fois morts, mais les persécutèrent de leur vivant. Cela montre aussi que Guru Nânak ne fut pas le seul à son époque à révoquer la lourdeur des religions existantes : il s’inscrivait en fait pour une part dans le courant mystique des sants9 dont la bhakti (le feu sacré dévotionnel) s’exprima spécialement grâce à des poètes tels que Kabîr, Ravidâs, Namdev ou Sûrdas.


Néanmoins, à la différence de ces derniers, Guru Nânak élabora, outre des poèmes remarquablement rythmés, des prières, des recommandations et des injonctions visant à guider des disciples et endossa ainsi le rôle de fondateur de religion. Par exemple, voici la prière ou invocation ci-dessous qui, en soi, pourrait être l’article de foi des sikhs et qui est le premier texte du Japji Sahib, recueil des textes de Guru Nânak inaugurant le Gurû Granth Sâhib. Chahal a traduit en anglais et commenté entre parenthèses ces vers du pendjabi, que j’ai ensuite traduits en français :


ਸਤਿ ਨਾਮੁ ਕਰਿਾ ਪੁਰਖੁ ਤਨਰਭਉ ਤਨਰਵੈਰੁ ਅਕਾਲ ਮੂਰਤਿ ਅਜੂਨੀ ਸੈਭੰ

ਗੁਰ ਪਰਸਾਤਿ ॥

Ek Oh Beant

saṯ nām karṯā purakẖ nirbẖa▫o nirvair akāl mūraṯ ajūnī saibẖaʼn

gur parsāḏ.


The One and Only (Singularity) — That is infinite;

Exists forever;

Source of every creation;

Without fear (not governed by any other);

Without enmity;

Timeless (without effect of time);

Takes neither birth nor dies; (never comes into an anthropomorphic form);

Originated by Itself;

Enlightener; and Bounteous.


Existe pour toujours ;

Source de toute création ;

Sans crainte (non gouverné par quiconque) ;

Sans inimitié ;

Atemporel ;


Ne mourant ni ne prenant naissance ; (ne prenant jamais une forme anthropomorphique) ;


Cause de lui-même ;

Illuminant et prodigue.


Selon Chahal, un « sikh » est différent de la description qu’en fait la littérature sikhe.

En effet, Guru Nânak décrit un « sikh » comme suit :


ਅੰਤਮਰਿੁ ਨੀਰੁ ਤਗਆਤਨ ਮਨ ਮਜਨੁ ਅਠਸਤਠ ਿੀਰਥ ਸੰਤਗ ਗਹੇ ॥


Celui qui se baigne dans l’eau vivifiante de la sagesse en retire autant de

bénéfices que de se baigner dans les 68 lieux sacrés.10


ਗੁਰ ਉਪਿੇਤਸ ਜਵਾਹਰ ਮਾਣਕ ਸੇਵੇ ਤਸਖੁ ਸ ੁ ਖ ਤਜ ਲਹੈ ॥੧॥


Les enseignements porteurs de lumière ci-dessus sont comme des gemmes précieuses et des joyaux et celui qui peut rechercher, découvrir cette réalité et la pratiquer est un sikh. (Traduction de ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1328, Adi Guru Granth Sahib, M. 1, p. 132811)


En ce sens, pour le dire simplement, celui qui découvre la sagesse et la pratique est un sikh.


Les recommandations de Guru Nânak consistent entre autres à répéter le nom divin pour réaliser l’unité avec Dieu par une expérience intérieure et le comprendre.


Pour résumer, Guru Nânak proposa une émancipation de la croyance selon laquelle Dieu aurait prescrit une forme cultuelle rigide, afin de l’approcher en respectant un certain nombre de préceptes de conduite d’une part et en lui offrant sa dévotion par la répétition de son nom d’autre part, pratique dénommée japa dans l’hindouisme et qui existe aussi dans le soufisme. Je précise que Guru Nânak n’a pas établi de code vestimentaire définissant les sikhs et que si une codification vestimentaire a effectivement été définie ultérieurement dans l’histoire pour certains sikhs prenant certains vœux, les autres sikhs sont libres de s’habiller à leur guise.


Les préceptes de Guru Nânak sont en effet pour la plupart d’ordre moral et sotériologique, mais visent clairement à une émancipation des formes religieuses hindoue et musulmanes, avec une affinité avec des courants religieux et philosophiques prônant l’adoration de Dieu sans forme (nirguna), mais en affirmant une unicité de Dieu12, tout en s’opposant aux courants religieux et philosophiques préconisant son adoration avec forme (saguna). Cet élan initial du sikhisme a toutefois dû changer et se structurer avec les gurus successeurs de Guru Nânak et face à l’opposition du sultanat moghol musulman de Delhi qui dominait politiquement l’Inde avant les conquêtes britanniques.


1.2. Les gurus sikhs au XVIe siècle (1526-1606)

Dès la période de Guru Nânak eut lieu la conquête turque de Babur qui installa l’Empire moghol en Inde en 1526 avant que les Britanniques la colonisent. Les quatre premiers gurus successeurs de Guru Nânak parvinrent avec leurs disciples à faire croître et à établir son enseignement en le dotant de lieux de culte, de rites, d’écritures qui la constituèrent petit à petit comme une influence religieuse régionale déterminante. L’ancien guru désignait son successeur, mais des querelles de succession se firent jour, des fils de guru revendiquant la légitimité de la lignée. En dépit des micro-schismes en résultant, ce fut une période d’expansion pacifique

du sikhisme.


Le premier guru successeur, Angad poursuivit la diffusion de l’enseignement oral de Guru Nânak, aurait aussi été selon Chahal celui qui institua le lagar et aurait commencé selon Matringe à écrire cet enseignement en gurmukhî (Matringe, 2008, 70), la langue des sants. Selon Chahal, toutefois, ce fut Guru Nânak qui développa l’écriture gurmukhî à partir de la langue en usage13. Le successeur d’Angad, Amar Dâs, formalisa ces premières écritures en un livre des sikhs (Matringe, 2008, 73) et établit des lieux de culte.


Le rite collectif d’offrande du lagar consiste à servir des repas de manière égalitaire à tous les sikhs dans leurs lieux de culte, grâce aux dons de la communauté et au service (seva) de volontaires. La pratique du service volontaire (sevâ) fait d’ailleurs partie intégrante de l’éthos sikh. Cette pratique collective du lagar créa une commensalité qui n’existait pas dans le cadre de l’hindouisme où le statut et la caste déterminent avec qui on mange et ce qu’on mange. L’offrande de nourriture gratuite dans les temples sikhs est aujourd’hui encore une pratique fondamentale contribuant à la fraternité des sikhs et à leur rayonnement caritatif.


Le guru succédant à Amar Dâs, Guru Râm Dâs, s’est établi sur le lieu de ce qui allait devenir Amritsar, le temple d’or, où il fit creuser un bassin. Il est à noter que tous les gurus étaient poètes ou tout au moins, que leur enseignement écrit laisse transparaître une rythmique ou des images poétiques, à l’instar des auteurs non sikhs (les bhagats), tels que Kâbir. À vrai dire, le Gurû Granth Sâhib, achevé par le dernier guru, Guru Gobind Singh, s’imposa surtout par le travail de compilation et le talent de composition de Guru Arjan, fils benjamin de Panth Râm Dâs. Arjan créa aussi le lieu de culte au centre du bassin d’Amritsar qui allait devenir le temple d’or et reçut la visite du roi Akbar, signe de l’expansion et de la reconnaissance du sikhisme dans l’Empire moghol. Cette reconnaissance prit toutefois fin assez rapidement, car il fut constitué prisonnier des Moghols et mourut en captivité, devenant ainsi le premier martyr du sikhisme.


1.3. Les guru sikhs au XVIIe et la militarisation du sikhisme (1606-1708)

Guru Arjan, de sa prison, aurait pu mander son fils unique Hargobind de devenir le sixième guru de la communauté sikhe et l’enjoindre à prendre les armes afin de « résister à l’injustice et à la tyrannie » (Matringe, 2008, 87). Depuis lors, le pouvoir religieux des guru sikhs se conjoignit à un pouvoir temporel armé, symbolisé notamment par un bâtiment construit par Guru Hargobind en face du Temple d’Amritsar d’où des missives étaient envoyées à son armée (Matringe, 2008, 87). Hargobind fut toutefois emprisonné comme son père, mais il aurait ensuite obtenu sa libération et celle de 52 rois hindous, conférant symboliquement au sikhisme un rôle de protecteur vis-à-vis des hindous. Les batailles qui opposèrent ensuite les sikhs et les moghols conduisirent les guru sikhs, après quelques faits d’arme et de nombreux morts, à s’installer au pied des montagnes Shivaliks14 dans une zone éloignée du contrôle moghol… et de ses impôts. L’avènement de l’empereur moghol Aurangzeb en 1661, après que ce dernier ait fait tué le fils de l’empereur précédent, continua de détériorer les relations entre sikhs et Moghols : Aurangzeb fit prisonnier le fils cadet du Guru Hargobind qui devait devenir son successeur et ce dernier mourut de la variole en détention. Le successeur de Guru Hargobind, Tegh Bahâdur, fut lui aussi arrêté et exécuté par les Moghols quelques années plus tard.


Son fils Gobind, né en 1666, prit la relève à neuf ans avec son oncle comme tuteur, après avoir reçu la tête coupée de son père par les Moghols et devint le dernier guru sikh humain. En 1699, il fut celui qui institua la khâlsâ, un ordre des « purs » au sein du sikhisme, pour qui la foi compte plus que la vie. En effet, les cinq premiers membres de cet ordre furent choisis par Guru Gobind Singh lors d’une fête selon le procédé suivant : Guru Gobind Singh demanda qui était prêt à donner sa vie pour lui, en partie pour commémorer que seuls trois sikhs auraient donné leurs vies lors de son exécution. Un sikh se présenta, il l’amena dans une tente et revint l’épée pleine de sang en reposant la même question à l’assemblée. Un autre sikh vint et Guru Gobind Singh renouvela ce procédé sanglant jusqu’au cinquième sikh volontaire. Il révéla alors qu’aucun n’était mort et ritualisa par l’épée leur entrée dans le cœur de la nouvelle assemblée de la khâlsâ ainsi constituée, puis établit un code de conduite pour les autres sikhs qui voudraient s’y engager. Le nom de Singh (lion) fut ajouté à partir de ce jour aux hommes sikhs et celui de Kaur (princesse) aux femmes. Les membres de la khâlsâ doivent porter cinq objets commençant par « k » en pendjabi : un bracelet (karâ), leurs cheveux non coupés couverts par un turban (kesh), un petit peigne en bois (kaghâ), un pantalon ample (kachera) et le fameux kirpan, c’est-à-dire un couteau rituel. L’engagement à porter ces attributs va de pair avec celui d’incarner les qualités que ceux-ci symbolisent. L’interprétation de ce qu’ils symbolisent varie en partie selon les époques. En outre, cette tradition est devenue un déterminant identitaire sikh important depuis le XVIIIe siècle en relation au nationalisme pendjabi (Mc Leod, 2003). De nos jours à Montréal, voilà comment une jeune sikhe donne sens à ces symboles :


Le karâ [bracelet en argent], c’est comme une relation avec Dieu qui ne termine pas. Mais c’est aussi parce que la plupart sont droitiers, alors lorsqu’on veut fumer ou prendre des drogues, ce qui est interdit dans notre culture, dans notre religion, on les prend avec cette main, alors le bracelet vous rappelle votre engagement. […]


[Le kha] symbolise que l’on doit garder les cheveux, que l’on doit rester propre, hygiénique, parce que cela aussi, c’est vraiment important dans notre religion comme avant de prier. Le matin, on doit prendre une douche avant.


Garder ses cheveux sans les couper, ça s’appelle le kesh, c’est le quatrième grand K. C’est aussi très important pour nous parce que Dieu nous a créés d’une certaine façon. Les cheveux, même si on les coupe, ça repousse toujours, donc c’est quelque chose qui ne peut jamais arrêter de pousser et dans notre histoire, ils ont toujours sacrifié leurs vies pour garder l’honneur que symbolise en partie le fait de garder les cheveux. Donc ça aussi, ça fait vraiment partie de notre religion. Les ramener sur la tête, c’est protéger les cheveux aussi […]. Et c’est les femmes et les hommes qui se couvrent la tête. C’est l’égalité. Si un homme peut porter un turban, alors moi aussi je peux porter un turban, car tout est égal ici. Il n’y a pas de règles du genre parce que tu es une fille, tu ne peux pas faire ça.


Le 5ème k c’est un kachera, c’est ce qu’on met en dessous de nos pantalons. Cela signifie de contrôler sexuellement nos désirs, les accepter, mais les contrôler, on nous dit dans notre religion que c’est quelque chose de naturel, donc on ne dit pas que tu ne peux pas le faire, mais vraiment de le contrôler pour ne pas que cette relation te contrôle. […] C’est sûr que les relations sexuelles, ça fait partie de l’être humain, mais nous on dit que c’est vraiment à sa place après le mariage, donc c’est une manière significative de contrôler cet aspect. (Brême et Kaur, 2019, 3-4)


Toutefois, selon Chahal, la fonction symbolique du kachera est surévaluée comme signifiant le contrôle de la sexualité et est surtout utile pour une bonne hygiène, indépendamment des religions de chacun. Comme le dit cette jeune sikhe, les membres de la khâlsâ ont interdiction de consommer du tabac et des drogues. Il est à noter qu’il n’est pas obligatoire de suivre la khâlsa pour être sikh. Lorsque j’ai demandé à cette jeune sikhe15 s’il était possible d’être sikh sans ces engagements spécifiques, elle m’a répondu ceci :


Oui, oui. Mes parents ne sont pas baptisés, mon père coupe ses cheveux, ma famille mange de la viande. Les sikhs baptisés doivent être végétariens, ne pas manger d’œufs et de poissons, mais on boit du lait. Les produits qui ne tuent pas les animaux, on peut en manger. Comme ma famille mange de la viande et tout ça, moi je suis la seule qui soit baptisée. Ils disent qu’ils suivent la religion, ils viennent au temple (Gurdwara) dans les occasions spéciales, mais ils ne portent pas le kirpan. Certains portent le bracelet, car c’est le plus facile, mais tout le reste ils ne le portent pas. (Brême et Kaur, 2019, 4)


Je note l’emploi du terme baptisé au lieu d’Amrit Sanskar ou Amrit Pahul par la jeune sikhe. Ce terme chrétien est la traduction de ce rite d’entrée dans l’ordre des sikhs de la khâlsâ, où de l’eau bénite est versée sur le visage, dans les cheveux et dans les mains du sikh qui s’engage et boit cet Amrit.


L’interdiction de la viande hallal et des relations sexuelles avec des musulmans fut aussi prononcée par Guru Gobind Singh, marquant rituellement une séparation nette des sikhs et des musulmans. Le recrutement d’une armée fut rapide par la présence dans la communauté sikhe d’Indiens Jatt dont la tradition martiale était établie depuis des siècles (Normand, 2017, 25-25). En 1705, lors d’une expédition de Vazîr Khân16 contre Guru Gobind Singh, les deux fils et les hommes de ce dernier furent tués. Guru Gobind Singh parvint néanmoins à constituer une alliance avec un des fils de l’empereur Aurangzeb et l’aida à montrer sur le trône. Il fut finalement tué en 1708, probablement par des assassins missionnés par Vazîr Khân.


1.4. Constitution et défaite d’un royaume sikh (1708-1849)

Suite au décès de Guru Gobind Singh, en l’absence de successeur humain (ses fils avaient été exécutés), le guru devenant dès lors le livre sacré Guru Grant Sahib et en confrontation à la domination moghole, de nombreuses révoltes virent le jour au Pendjab, notamment menées par le sikh Bandâ Bahâdur. En 1710, ce dernier battit Vazîr Khân conquit son important territoire en administrant les villes prises et en créant la première monnaie sikhe. Défaits en 1716 par les Moghols, tous les sikhs du Pendjab ne rendirent pas les armes pour autant : des bandes armées sikhes au territoire délimité se révoltèrent de façon suffisamment coordonnée contre un envahisseur afghan, Ahmad Shâd Durrânî et ses troupes, pour le repousser (Matringe, 2008, 125) et se partager le territoire en 1765. Après des luttes de pouvoir et de territoires, cette victoire permit ensuite à Ranjît Singh de s’imposer en 1799 comme roi du Pendjab. Habile politique, administrateur et militaire, Ranjît Singh sut constituer une armée moderne bien équipée pour l’époque assurant la stabilité et l’expansion du territoire. Il sut également établir un régime de droit dharmârth traitant sur un pied d’égalité les différentes confessions (Matringe, 2008, 132). Un répondant sikh du Gurdwara Nânak Dakbar de LaSalle a d’ailleurs pris comme modèle de sécularisme ce royaume de Ranjît Singh pour réfléchir les enjeux de la loi 21 au Québec17 :


Quand nous avions un roi nommé Ranjît Singh et son empire il n’y a pas si longtemps, avant que les Britanniques quittent l’Inde, dans son empire, nous étions seulement 2 % de la population qui dirigeait la majorité, soit juste comme au Québec. […] Le point était que nous avions le plus haut taux d’alphabétisation au monde en ce temps, ce qui veut dire que les gens savaient lire et écrire, nous nous étions concentrés sur l’éducation. Nous nous étions aussi concentrés sur l’égalité de droits pour chacun […]. Pour moi, c’était le parfait exemple du sécularisme, cela n’enlevait pas ce qui fait de vous quelqu’un d’unique pour faire tout le monde pareil, mais cela posait sur la table votre singularité de telle sorte que nous puissions être un seul grand groupe. C’est un sécularisme actuel.18


Le royaume de Ranjît Singh a une valeur mythique pour beaucoup de sikhs, car ce fut le momentum historique où les sikhs ont pu se prévaloir d’une indépendance politique et a ainsi souvent servi de référent et même d’âge d’or pour tous les désirs d’indépendance qui ont notamment succédé au génocide de 1984. Mais, au-delà de l’aspect symbolique de ce royaume sikh, la caractérisation de sécularisme par le répondant le concernant a une certaine justesse, car Ranjît Singh se conduisait en roi soucieux de la cohésion de son royaume par-delà les confessions et les castes existantes en ayant établi une administration fonctionnelle et efficace, en ayant ramené une prospérité économique, édicté un droit commun pour tous, ménagé et intégré au pouvoir les différentes factions en présence (conseiller musulman, intendants hindous, etc.) (Matringe, 2008, 132-133). En ce sens, il est en effet possible de dire qu’une politique séculariste inclusive animait Ranjît Singh. Le fait est qu’après sa mort en 1839, personne ne sut prendre la relève de son génie politique, les rivalités successorales menacèrent la stabilité du royaume et les Britanniques y virent une belle opportunité de poursuivre leur conquête coloniale, ce qu’ils firent de 1846 à 1849 en annexant le Pendjab.


Le contexte historique du sikhisme et des sikhs a ainsi évolué d’une pratique dévotionnelle recherchant à transcender les rigidités religieuses de l’Islam et de l’hindouisme à une pratique politique intégrant tous les aspects de la société, y compris militaires, afin de faire face aux vicissitudes des rapports de force temporels en tant que minorité religieuse. Le contexte historique de 1849 à nos jours ainsi que toute la diversité sikhe (Oberoi, 1994) ne sera pas abordé dans cet article, hormis les informations déjà données sur les événements de 1984 et la brève mention de la partition du Pendjab en 1947 en deux États en une province pakistanaise et une province indienne. Une autre épreuve est celle de la migration (Barrier et Verne, 1989), qui va être indirectement abordée dans la seconde partie sur le regard des médias sur les sikhs. Afin de compléter cette brève mise en contexte historique des débuts du sikhisme par ses principes philosophiques et religieux généraux, j’invite par ailleurs le lecteur à lire ci-après une introduction à la voie Sikhi rédigée par Chahal, que j’ai traduite en français.


Annexe 1 : Quelques principes majeurs du Sikhi (sikhisme) selon Pr. Singh Chahal


Vérité

Être véridique est un principe très important de la philosophie de Guru Nânak et une de ses recommandations. Il disait ainsi :


ਸਚਹੁ ਓਰੈ ਸਭੁ ਕ ਉਪਤਰ ਸਚੁ ਆਚਾਰੁ ॥੫॥


Sacẖahu orai sabẖ ko upar sacẖ ācẖār. ||5||


Quoique la vérité soit plus élevée que tout autre rituel religieux, il est encore plus élevé de vivre véridiquement.


Adi Guru Granth Sahib, M. 1, p 62.


En outre, Guru Nanâk affirme qu’il dit lui-même la vérité et conseille de la dire au bon moment, sinon cela n’aura aucun effet productif pour résoudre les problèmes. Ainsi, Guru Nanâk n’a pas eu peur en 1521 de dire la vérité sur la destruction et le meurtre de personnes par Babar à Saidpur près d’Islamabad, maintenant au Pakistan, juste à ce moment-là, bien qu’il ait été emprisonné pour l’avoir dit la vérité. Toutefois, il fut libéré plus tard :


ਸਚ ਕੀ ਬਾਣੀ ਨਾਨਕੁ ਆਖੈ ਸਚੁ ਸੁਣਾਇਸੀ ਸਚ ਕੀ ਬੇਲਾ ॥੨॥੩॥੫॥


Sacẖ kī baṇī Nānak ākẖai sacẖ suṇā▫isī sacẖ kī belā. ||2||3||5||


Guru Nanâk dit la vérité et la clame au bon moment quand elle doit être

proclamée.


Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 723.



Comment être véridique ?

Guru Nânak explique que l’on peut devenir véridique en réalisant la purification de l’esprit, en brisant le cercle vicieux du mensonge (construit par l’enchevêtrement des mensonges), en comprenant les lois de la nature/de l’univers et en exploitant ces lois pour le bien-être de l’humanité afin de maintenir la paix. Comment parvenir à la purification de l’esprit, à la tranquillité ? Et comment briser le cercle vicieux des mensonges ? Guru Nanâk répond ceci :


ਹੁਕਤਮ ਰਜਾਈ ਚਲਣਾ

ਨਾਨਕ ਤਲਤਖਆ ਨਾਤਲ ॥੧॥

Hukam rajā▫ī cẖalṇā

Nānak likẖi▫ā nāl.

ਅਗਗਸ, ਜਪੁ #1, ਪੰਨਾ 1.


On peut parvenir à la purification de l’esprit ou à la tranquillité en brisant le cercle vicieux du mensonge par la compréhension et le respect des lois établies de la nature/de l’univers (ਹੁਕਤਮ, hukm).

Adi Guru Granth Sahib, Japji # 1, p 1.


La pratique de la sagesse (ਅਕਤਲ) :

Dans ses conseils, Guru Nanâk met l’emphase sur l’importance de pratiquer la sagesse afin de déterminer ce qui est juste et ce qui est faux : il nomme cette attitude comme le fait d’établir un vrai modus vivendi.


ਅਕਤਲ ਏਹ ਨ ਆਖੀਐ ਅਕਤਲ ਗਵਾਈਐ ਬਾਤਿ ॥


Akal eh na ākẖī▫ai akal gavā▫ī▫ai bāḏ. Cette sagesse qui conduit à des arguments ne s’appelle pas sagesse.


ਅਕਲੀ ਸਾਤਹਬੁ ਸੇਵੀਐ ਅਕਲੀ ਪਾਈਐ ਮਾਨੁ ॥

Aklī sāhib sevī▫ai aklī pā▫ī▫ai mān.


On ne peut comprendre l’Entité éternelle (Dieu) que par l’utilisation de l’intellect,

et on s’honore par cet usage.


ਅਕਲੀ ਪਤਹ੍ ਹਹ ਕੈ ਬੁਝੀਐ ਅਕਲੀ ਕੀਚੈ ਿਾਨੁ ॥


Aklī paṛĥ kai bujẖī▫ai aklī kīcẖai ḏān.


C’est en utilisant l’intellect, qu’on doit lire pour découvrir la vérité.

Et il faut aussi l’utiliser pour évaluer une cause avant de faire un don de charité à celle-ci.


ਨਾਨਕੁ ਆਖੈ ਰਾਹੁ ਏਹੁ ਹ ਤਰ ਗਲਾਾਂ ਸੈਿਾਨੁ ॥੧॥

Nānak ākẖai rāhu ehu hor galāʼn saiṯān. ||1||

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1245.


C’est la voie véridique ; toutes les autres philosophies conduisent à des actions

dévoyées.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 1245.


L’être humain a hérité de quatre qualités spécifiques (Patharath)

Guru Nânak souligne que les humains naissent avec quatre caractéristiques héritées : voir, entendre, ressentir, et enfin penser, analyser les données et les utiliser en vivant honnêtement et paisiblement :


ਚਾਤਰ ਪਿਾਰਥ ਲੈ ਜਤਗ ਆਇਆ ॥

Cẖār paḏārath lai jag ā▫i▫ā.

ਤਸਵ ਸਕਿੀ5 ਘਤਰ6 ਵਾਸਾ7 ਪਾਇਆ ॥

Siv sakṯī gẖar vāsā pā▫i▫ā.

ਏਕੁ ਤਵਸਾਰੇ ਿਾ ਤਪਹ ਹਾਰੇ ਅੰਧੁਲੈ ਨਾਮੁ ਤਵਸਾਰਾ ਹੇ ॥੬॥

Ėk visāre ṯā piṛ hāre anḏẖulai nām visārā he. ||6||


Cet homme a toutes ces caractéristiques comme énergies dans son esprit

(conscience).

L’homme, qui ignore même une de ces caractéristiques, a perdu le but de la vie ;

cet homme innocent ignore également les Lois de la Nature, de l’Univers.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1027.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 1027.


Évaluer avant d’accepter :

Guru Nânak met en garde ne pas accepter quelque philosophie que ce soit ou suggestion, ou enseignement avant son évaluation rigoureuse :


ਸੁਤਣ ਮੁੰਧੇ ਹਰਣਾਖੀਏ ਗੂਹਾ ਵੈਣੁ ਅਪਾਰੁ ॥

ਪਤਹਲਾ ਵਸਿੁ ਤਸਞਾਤਣ ਕੈ ਿਾਾਂ ਕੀਚੈ ਵਾਪਾਰੁ ॥


Suṇ munḏẖe harṇākẖī▫e gūṛā vaiṇ apār.

Pahilā vasaṯ siñāṇ kai ṯāʼn kīcẖai vāpār.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1410.


Ô innocente dévote (mariée) avec les yeux curieux d’un cerf/d’une biche !

Écoutez le message profond de la sagesse infinie.

D’abord, tout évaluer, puis accepter, acheter ou adopter.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 1410.


Importance de la recherche :

La philosophie de Guru Nânak encourage à mener des recherches pour découvrir la vérité :


ਖ ਜੀ ਉਪਜੈ ਬਾਿੀ ਤਬਨਸੈ ਹਉ ਬਤਲ ਬਤਲ ਗੁਰ ਕਰਿਾਰਾ ॥

Kẖojī upjai bāḏī binsai ha▫o bal bal gur karṯārā.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1255.


Le chercheur progresse pendant que les autres (discutant et sans but) périssent ;

Nanâk se sacrifie lui-même à l’éveil créateur.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 1255.


Liberté d’expression

La liberté d’expression et de parole est un droit de naissance pour tout être humain. Guru Nanâk renforce ce droit dans sa philosophie :


ਜਬ ਲਗੁ ਿੁਨੀਆ ਰਹੀਐ ਨਾਨਕ ਤਕਛੁ ਸੁਣੀਐ ਤਕਛੁ ਕਹੀਐ ॥

Jab lag ḏunī▫ā rahī▫ai Nānak kicẖẖ suṇī▫ai kicẖẖ kahī▫ai.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 661.


Tant que l’on vit dans ce monde, on doit écouter les autres et permettre aux autres

d’exprimer leurs opinions (pour trouver la vérité et vivre à l’amiable).

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 661.


Égalité

Contrairement à l’inégalité régnante à cause des discriminations de castes, de croyances ou de couleurs, Guru Nanâk a promulgué l’égalité des êtres humains selon le principe que tous appartiennent à une classe supérieure et aucun à une classe inférieure :


ਸਭੁ ਕ ਊਚਾ ਆਖੀਐ ਨੀਚੁ ਨ ਿੀਸੈ ਕ ਇ ॥

Sabẖ ko ūcẖā ākẖī▫ai nīcẖ na ḏīsai ko▫e.

ਇਕਨੈ ਭਾਾਂਡੇ ਸਾਤਜਐ ਇਕੁ ਚਾਨਣੁ ਤਿਹੁ ਲ ਇ ॥

Iknai bẖāʼnde sāji▫ai ik cẖānaṇ ṯihu lo▫e.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 62.


Appelle tout le monde élevé, aucun ne semble être bas ;

Tout le monde a été moulé à partir de la même matière ;

Et la même source d’énergie se trouve en tout.

Adi Guru Granth Sahib, M1, p 62


Altruisme :

Guru Nânak a recommandé la valeur de l’éducation qui concerne le bien-être de l’humanité:


ਤਵਤਿਆ ਵੀਚਾਰੀ ਿਾਾਂ ਪਰਉਪਕਾਰੀ ॥

viḏi▫ā vīcẖārī ṯāʼn par▫upkārī.

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 356.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 356.


Partage de la richesse matérielle

Nanak conseille de partager une partie de ses gains pour le bien-être de l’humanité. Ce n’est pas comme la dîme (un dixième de dixième) de tout ce que l’on possède, telle qu’elle a été pratiquée pendant le Moyen-Âge en Europe. Il encourage certains qui peuvent facilement épargner.


Malheureusement, le système de la dîme chrétienne s’est également glissé dans le Sikhi (sikhisme) et il est prêché de donner la dîme, mais pas certains de ses gains comme l’a suggéré Guru Nânak :


ਘਾਤਲ ਖਾਇ ਤਕਛੁ ਹਥਹੁ ਿੇਇ ॥

Gẖāl kẖā▫e kicẖẖ hathahu ḏe▫e.

ਨਾਨਕ ਰਾਹੁ5 ਪਛਾਣਤਹ6 ਸੇਇ ॥੧॥

Nānak rāhu pacẖẖāṇėh se▫e. ||1||

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 1245.


Nanak dit :

Celui qui gagne à la sueur de son front et partage une partie de ses gains pour le bien-être de l’humanité, Nanak dit qu’il a reconnu le vrai chemin de la vie.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 1245.


N’abusez pas de qui que ce soit et n’argumentez pas avec l’ignorant

Guru Nânak recommande ceci :


ਮੰਿਾ ਤਕਸੈ ਨ ਆਖੀਐ ਪਤਹ ਅਖਰੁ ਏਹ ਬੁਝੀਐ ॥

Manḏā kisai na ākẖī▫ai paṛ akẖar eho bujẖī▫ai.

ਮੂਰਖੈ ਨਾਤਲ ਨ ਲੁ ਝੀਐ ॥੧੯॥

Mūrkẖai nāl na lujẖī▫ai. ||19||

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 673.


Après avoir lu et compris l’enseignement (la philosophie selon laquelle tous sont égaux), on découvre que l’on ne doit pas abuser de quiconque et ne pas argumenter avec les ignorants.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 673.


Travailler par vous-même plutôt que de dépendre de ce que Dieu fera

Beaucoup de gens de toutes confessions prient Dieu pour que leurs souhaits soient exaucés, cependant Guru Nânak leur conseille de travailler eux-mêmes pour que leurs souhaits soient exaucés :


ਆਪਣ ਹਥੀ ਆਪਣਾ ਆਪੇ ਹੀ ਕਾਜੁ ਸਵਾਰੀਐ ॥੨੦॥

Āpaṇ hathī āpṇā āpe hī kāj savārī▫ai. ||20||

ਅਗਗਸ, ਮ: 1, ਪੰਨਾ 474.

Effectuez votre travail de vos propres mains.

Adi Guru Granth Sahib, M 1, p 474


Note de bas de page :


1 PhD UQÀM en sciences des religions 2018, j’ai d’abord fait une maîtrise de philosophie sur « Kabîr et la philosophie » à Reims, en France. Kabîr est un poète mystique dont les paroles ont été transcrites dans le livre sacré des sikhs, le Guru Grant Sahib .

2 L’accent circonflexe sur le a de Nânak translittère le nom pendjabi en français, ā dans le système de translittération IAST.

3 “śi ṣya ” (शिष्य)

4 Voir liste des références. Le professeur Singh Chahal est responsable de l’Institut for

Understanding Sikhism situé à Laval

5 Le terme de génocide pour qualifier la répression meurtrière des sikhs suite au meurtre d’Indira

Gandhi fut officiellement adopté et reconnu par le parlement ontarien en avril 2017. Le dénombrement des victimes varie selon les sources, mais il s’agit de plusieurs milliers de sikhs assassinés en 4 jours, du 31 octobre au 3 novembre 1984.

6 C’était lors d’un séminaire sur les génocides organisé en 2016 par des professeurs de l’Université Carleton à Ottawa, dont le professeur Gurcharan Singh.

7 L’État indien du Pendjab fait une surface d’environ 50000 km2, le Grand Pendjab au moins 7 fois plus grand.

8 À l’instar de Chahal, j’avais noté que des propos similaires étaient notamment attribués à Kabîr précédant Guru Nânak : « Les hindous ne veulent pas renoncer aux idoles, Ni les musulmans à tout leur fanatisme » Bhagvan Das, Bijak, sakhi 198

9 Les sants consacraient leurs vies à une quête yoguique et dévotionnelle, sans rattachement à l’orthodoxie hindoue, mais en héritant selon Matringe (2008, 52) de la bhakti vishnouïte et du yoga shivaïte des Naths.

10 Amriṯ nīr gi▫ān man majan aṯẖsaṯẖ ṯirath sang gahe. The one who bathes in the life- giving water of wisdom gets the benefit of bathing at sixty- eight sacred

places.

11 Gur upḏes javāhar māṇak seve sikẖ so kẖoj lahai. ||1|| The above enlightening philosophy/teachings are like gems and jewels and the one who can research/discover that fact, is a Sikh and also practises it.

12 Chahal souligne bien dans un de ses articles le risque de confusion entre védantisme et sikhisme (Devinder Singh Chahal, 2008, 8-13)

13 Langue tonale à trois tons, le gurmukhî, compte 32 caractères de base, dériverait du sharada, langue venant du brahmi et aussi du takri selon Chahal.

14 Parfois nommé Himalaya externe, cordillère s’étendant du Sud du Népal au Nord-Est du Pakistan en passant par le Nord de l’Inde.

15 Je connaissais évidemment la réponse des livres, mais si les livres savants sont plus conséquents que des articles d’actualité, ils le sont moins à mes yeux que des témoignages vivants.

16 Vazîr Khân (1635-1710) administrateur moghol d’un territoire compris entre les fleuves Sutlej et la Yamuna.

17 Je reviendrai sur cette question dans la section 2.5 « Les lois du Québec et les sikhs ».

18 “When we had a king called (Ranjît Singh) and his empire which is not too long ago, this is before the british left India. So in his empire, there was actually, we were only 2% of the population that was ruling over the majority, so just like now in Quebec. […] The thing was that we had the highest literacy rate in the whole world at that time. So literacy meaning that people knew how to read and write we focus on Education. We focused on equal rights for everybody. […] For me that was the perfect example of secularism…its not to remove what make you unique, just to make everybody look the same, but it was bringing your uniqueness to the table so that we could all be one big group…that’s actual secularism”, Répondant sikh, LaSalle, 9.2019






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